Rapport | Chinapolis 2016

2018-09-25T15:02:05+00:0030/09/2016|

François MORICONI-EBRARD
Joan PEREZ
Après plus de 6 mois de travail, nous rendons enfin notre rapport sur la Chine : Macro-structure urbaines et potentiel de développement en Chine.

 

Le décollage impressionnant de la Chine depuis le début des années 1980 suit une stratégie qui s’appuie explicitement et officiellement sur les villes. Or, paradoxalement, aucun statisticien, économiste, géographe ou politologue sérieux ne peut définir exactement ce qu’est une « ville » de la Chine actuelle. L’enjeu de cette étude est de révéler cet objet insaisissable par les statistiques officielles fermement contrôlées par l’État chinois, puis de proposer une nouvelle lecture rationnelle de l’état de l’urbanisation de ce pays à partir d’un outil scientifique : la base de données Geopolis.

Cette nouvelle lecture permettra par la suite d’identifier les zones porteuses en termes d’investissements. L’enjeu de cette étude est de saisir ce qui est insaisissable à partir des catégories officielles de l’État. La taille démographique exceptionnelle et unique du pays ouvre la porte à tous les excès et à tous les fantasmes. Même dans les sources les plus sérieuses, des chiffres totalement délirants sont avancés en ce qui concerne l’extension et la population des villes de la Chine : pour une même ville et pour la même année, les chiffres de population peuvent varier dans une proportion de 1 à 50 selon les auteurs ou les sources (UN – Demographic Yearbook, UN – World Urbanization Prospects, Banque Mondiale, Recensement, China Statistical Yearbook, Wikipedia, etc.). La complexité du découpage territorial combinée aux subtilités de la définition des catégories ville/campagne ne sont pas étrangères à ces excès. Avec la République Populaire de Chine, et ce, bien avant l’ère communiste, on se trouve face un État autoritaire et strictement hiérarchisé. Toute décision est un processus vertical.

Mais ce qui paraît plus incompréhensible à l’Occidental réifiant la liberté individuelle, c’est d’observer le suivi des décisions qui, sous l’égide d’un Parti Communiste omniprésent, et telle une réaction en chaîne dans une réaction chimique, descend à une vitesse surprenante tous les échelons de la pyramide hiérarchique jusqu’à la population locale qui en apparence se saisit des décisions comme un seul homme.

Cette métaphore de la réaction chimique n’est pas vaine. En effet, la croissance démographique globale de la Chine est devenue très faible. Même après l’assouplissement de la politique de l’Enfant Unique (2015), il est probable que la natalité ne remontera, au mieux, que faiblement dans les années à venir : une fois conquis par les modes de vies urbains modernes, les ménages tendent à adopter une attitude hédoniste qui se traduit par une fécondité basse.

Pourtant, aux antipodes de ce calme démographique, les transformations de l’espace chinois sont d’une violence inouïe, en tout cas impensable en occident. Villages et hameaux ont été rasés par milliers. Un réseau de routes modernes et d’autoroutes, de LGV – le plus étendu du monde – et autres infrastructures ont interconnecté en quelques années les principales régions du pays.

…les transformations de l’espace chinois sont d’une violence inouïe…

Des montagnes entières ont été aplanies, des barrages gigantesques ont barré les fleuves pendant que des ponts les enjambaient, des polders ont fait reculer la mer, des lacs ont été asséchés tandis que d’autres étaient creusés. Sur cet espace vigoureusement transformé, des dizaines de millions de personnes ont été déplacées ou se sont déplacées et ce, de quelques centaines de mètres à des milliers de kilomètres.

Comparer ces transformations à une réaction chimique revient en somme à considérer que la Chine change de forme, ou plus exactement d’état, tout comme l’eau se présente tantôt à l’état solide, liquide ou gazeux. L’enveloppe du système « Chine » reste identique. Sa masse molaire, devient quasi stable, mais l’agencement interne des molécules connaît de profondes transformations. De même que lorsque la glace se transforme en eau, les échanges d’énergie liés à l’agitation moléculaire augmentent. Le renforcement d’arêtes et de nœuds entraîne localement des surpressions, qui se traduisent ailleurs par des dépressions. Certains nœuds d’âge plurimillénaire se renforcent, tandis que d’autres se dissipent, remplacés par des nouveaux, qui réorganisent à leur tour de nouvelles arêtes, engendrant de nouveaux nœuds ou en réactualisant de plus anciens, et ainsi de suite.

L’approche géographique permet de mesurer directement ces « changements de forme ». Ces transformations peuvent en particulier être identifiées à partir d’une cartographie fine du peuplement. La répartition de la population ne peut être tenue pour la cause, mais comme le résultat tangible de ces transformations.
Un résultat concret, expérimentable, vérifiable sur le terrain. Telle la plaque argentique du photographe d’antan, elle a valeur de révélateur, laissant à l’interprétation des utilisateurs la question de l’explication des causes et des mécanismes qui ont conduit à cette forme.

Groupe de recherche e-Geopolis – Association à but non lucratif – Art. N1438, J.O. Rép. Fr.
18/04/2009

Le rapport en PDF