Chinapolis 2018-04-29T17:02:44+00:00

A partir d’une cartographie extrêmement détaillée, l’étude identifie l’extension spatiale des principales agglomérations urbaines de Chine. Cette cartographie permet de calculer l’effectif réel de la population de ces agglomérations à partir des données du dernier recensement officiel national, réalisé en décembre 2010. Le résultat obtenu est radicalement différent de la liste des « villes » issue de la définition officielle adoptée par l’état chinois, liste qui fait foi dans les publications étatiques ainsi que dans les bases de données internationales.

Afin de bien saisir la portée de ces résultats statistiques et cartographiques, qui sont vérifiables, directement utilisables et enfin comparables avec n’importe quel autre pays du monde, la première partie propose une analyse critique de la définition étatique chinoise de la « ville ». Cette définition suit une logique particulière qui est irréductible à l’approche prévalant en Occident et à l’échelle internationale.  Cette logique est basée sur un principe fondamental : celui de la hiérarchie de l’encadrement politique et administratif du territoire chinois. Depuis l’état jusqu’au niveau local, chacun de ces niveaux hiérarchiques correspond à une échelle de l’espace, et chacun d’eux est discriminé en « ville » et « campagne ». L’ensemble présente une structure en « poupées gigognes » qui garantit l’opacité des processus de décision tout en conditionnant la « forme » politique de chacun des niveaux hiérarchiques. A la lumière de quelques chiffres (nombre de villes, densité, extension territoriale), cette analyse montre cependant que, si l’échantillon courant des « villes » officielles n’est statistiquement pas crédible, le contrôle de l’état n’est pas pour autant sans effet sur certains aspects de la dynamique urbaine depuis 30 ans… Et bien qu’il soit impossible de déterminer, à ce stade, dans quel sens fonctionnent les décisions : s’agit-il de l’accompagnement d’initiatives locales (bottom-up) ou au contraire de décisions imposées par le haut (top-down)? Cause ou effet, l’architecture de l’administration territoriale est un élément à prendre en considération dans le cadre d’une prospective du marché national.

La deuxième partie expose la méthode utilisée pour sortir du piège des statistiques nationales chinoises. Stricte application d’une approche développée dans le cadre du programme académique e-Geopolis, la méthode consiste à identifier les zones « urbanisées » au sens morphologique du terme, c’est-à-dire des espaces présentant une stricte continuité du bâti (moins de 200 mètres entre deux constructions). Cette cartographie exhaustive du territoire chinois est ensuite superposée à celle du niveau de restitution spatial le plus fin disponible au recensement de 2010, afin de calculer la population résidant dans chaque agglomération. Publiées au niveau de 43 500 unités spatiales, ces données permettent d’estimer avec précision l’effectif de population des grandes agglomérations. Ce niveau de découpage, actuellement le seul disponible, est encore insuffisamment détaillé pour calculer celui des plus petites agglomérations, mais les chiffres démontrent déjà que le système urbain chinois est devenu, et de loin, le plus puissant de la Planète. Au total, l’étude identifie nommément 238 agglomérations de plus de 400 000 habitants. La liste complète – donnant localisation, effectif de population, superficie et densité – constitue le cœur de l’étude.

La dernière partie présente quelques pistes de réflexions sur ce nouvel échantillon d’autant plus inédit que l’approche morphologique est radicalement ignorée des statistiques de l’état chinois. Elles s’adressent à plusieurs échelles :

à l’échelle micro-locale : une classification de la diversité des tissus urbains rencontrés au cours de la phase d’identification morphologique, avec leurs impacts attendu sur les contraintes et la demande de mobilité.

à l’échelle nationale et globale : la spécificité de la distribution hiérarchique des agglomérations chinoises, éclairée par une comparaison avec les 3 autres géants urbains de la Planète  – Inde, états-Unis et Brésil.

aux échelles régionales : les contraintes particulières de la croissance urbaine qui va s’opérer dans un contexte de stagnation démographique, lequel va mécaniquement entrainer une crise démographique sévère de nature à fragiliser certaines régions et certaines catégories d’agglomérations.

Le rapport se termine sur un classement du potentiel des 238 agglomérations identifiées. Ce classement mobilise trois groupes de variables : (a) la tendance démographique de la croissance, (b) la convergence de la hiérarchie urbaine vers une forme normative de distribution probable, (c) la conformité de la taille de l’agglomération avec sa position dans la hiérarchie politico-administrative de la ville dont elle fait partie. Le résultat fait l’objet d’une carte des agglomérations réparties selon un potentiel de développement « très fort », « fort », « moyen » ou « faible ». Cette carte est associée au tableau nominatif donnant le score obtenu par chacune des 238 agglomérations.

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